La démagogie est partout…

En réponse à La démagogie antiféministe , Pascale Navarro, la Presse, 30 janvier 2017

Après plusieurs exemples de menaces aux droits des femmes tirés de l’actualité internationale, Madame Navarro entame une critique du contenu du film documentaire The Red Pill. Selon elle, les hommes qui y figurent affirment que la vie des femmes est plus facile que la leur. A-t-elle vu le film? J’en doute. Les protagonistes affirment plutôt qu’il est faux, comme on l’entend partout, de dire que la vie des hommes est plus facile que celle des femmes. Ce message est une pilule difficile à avaler pour certaines.

L’auteure ne se donne pas la peine de remettre en question l’existence de grands privilèges à être un homme en Occident en 2017. Elle se contente d’un «Passons sur cette vision manichéenne d’un autre âge», préférant critiquer la «vision simplificatrice» du film. Et si c’était la vision du féminisme victimaire qui est simpliste, Madame Navarro? Et si c’était vous qui ne voyez les choses que d’un côté de la lorgnette? Peut-on au moins se poser une question: est-il vrai que la situation des hommes soit si avantageuse, ici en 2017?

Elle poursuit en affirmant que la réalisatrice et ses invités ne présentent aucune preuve de ce qu’ils avancent, en cette ère de «faits alternatifs». Selon elle, la recherche scientifique y est ignorée et remplacée par des témoignages personnels. Pourtant, on sait qu’il existe de nombreux indicateurs de la détresse masculine: troubles d’apprentissage, suicide, autisme, décrochage, violence, criminalité, peines carcérales, accidents de travail et bien d’autres.J’ai fait les recherches requises et je confirme les affirmations faites dans le film au sujet de la condition masculine. Je constate qu’en ce domaine, certaines sciences sociales sont complètement biaisées parce qu’elles utilisent une grille d’analyse féministe avant même de connaître les faits. On y est tellement convaincu que les femmes sont encore opprimées dans le Québec de 2017 qu’on n’y envisage même pas la possibilité que la condition masculine puisse ne pas être globalement meilleure que celle des femmes. Une vision idéologique, un biais dans l’analyse des faits, des conclusions à l’avenant, ce n’est pas nouveau, mais c’est toujours déplorable.

Il n’existe pas de mesure globale, d’outil unique pour comparer les situations des hommes et  des femmes. Dans certaines sphères, celles-ci sont favorisées, dans d’autres ce sont eux. Quand on fait le choix de ne dénoncer que certains écarts, c’est qu’on a un parti pris. Moi je refuse d’en avoir. Je regarde les situations au cas par cas. J’ai deux fils et deux filles, tous des adultes, et rien ne m’indique que la vie des uns soit plus facile que celle des autres.

Tous les écarts statistiques entre hommes et femmes sont souvent considérés être le résultat de discrimination ou d’oppression, et on s’intéresse plus aux écarts dans lesquels les femmes sont défavorisées. Peu d’études sur les hommes sont financées et celles qui sont faites ont peu d’écho dans les médias. C’est ce biais que ce film cherche à corriger.

C’est presque incroyable mais vrai. L’auteure critique les hommes qui parlent de la condition masculine en leur disant en gros de se prendre en main, d’exiger des changements sociaux, de meilleures conditions de travail, plus de sécurité, etc. Bien sûr! Mais la grande majorité des hommes n’occupent pas des postes de pouvoir, alors ils doivent premièrement s’exprimer ! Comme si c’était si simple: on exige et tout change par magie…

Pour répondre au fait que les hommes pratiquent des métiers plus risqués, elle rappelle que des féministes luttent pour que les femmes aient un accès plus facile à des emplois masculins plus dangereux (militaires, ouvriers, opérateurs de machinerie lourde, électriciens, etc). Je suis en faveur d’une telle ouverture. Peu importe leur sexe, les gens doivent pouvoir accéder au travail de leur choix s’ils ont les aptitudes requises. La faille dans son raisonnement, c’est qu’elle prend pour acquis qu’autant de femmes que d’hommes auraient envie d’exercer ces métiers. Laissez-moi sourire…

Ce film auquel on fait la vie dure n’a absolument rien de choquant. Je l’ai visionné sans a priori et je déplore qu’il soit si difficile de faire accepter un discours pourtant modéré sur la condition masculine. La réaction exagérée face à ce film de la part de plusieurs groupes ou personnes s’identifiant au féminisme contribue à un climat d’opposition et de confrontation. Pourtant, il serait grandement préférable tant pour les femmes que pour les hommes de s’unir dans la recherche de la santé et du bien-être.

La vie est souvent bien difficile, qu’on soit un homme ou une femme. Pour le plus grand bien de notre société, faisons équipe.

5 thoughts on “La démagogie est partout…”

  1. Un peu marre de la dictature des chiffres…. Comme si ils voulaient tout dire, comme si il n’était pas possible de les manipuler, comme si on ne trouvait pas ce que l’on cherche, comme si il n’était pas facile de dissimuler ceux qui ne nous plaisent pas. En passant c’est assez amusant de lire que sa critique du film repose en partie sur le fait que celui-ci n’avance aucun chiffre. Mais son article non-plus. Il n’a donc ni plus, ni moins de valeur. Mais peut-on également critiquer un documentaire qui se base sur le ressenti des gens ? Celui-ci n’a donc aucune valeur ? Aucune réalité ? Je l’ai dit plus haut: stop à la dictature des chiffres. Non-pas qu’ils soient inutiles ou mauvais dans tous les cas, mais s’en servir comme arme absolue pour défendre son discours n’est pas honnête. Quand les féministes avancent des analyse comme « 67% des femmes pensent que… » ou « 93% des hommes pensent que… ». Ce sont des chiffres ou du ressenti ? En fait c’est du ressenti, servi par des chiffres, ça n’a donc ni plus, ni moins de valeur qu’une analyse sans chiffre. Ce qui est par contre impardonnable dans son article, c’est le mépris qu’elle sert aux gens, principalement des hommes, qui risquent leur vie, sur les champs de bataille ou pour construire des maisons, des routes, des ponts. C’est tellement méprisant pour ces gens. Se trouvent-ils beaucoup de femmes qui sont prêtes à faire cela, à partager la sale besogne ? Non, elles préfèrent réclamer des postes et des quotas dans des postes prestigieux, conseils d’administration et politique. On voit que mettre les femmes dans des métiers à risque n’est ni une priorité et encore moins une préoccupation. Je ne vais même pas m’apesentir sur les classiques arguments féministes, condamnant les antiféministes comme étant des populistes, idiots, machos et incultes. C’est tellement plus simple pour s’éviter la peine d’argumenter ou de contre-argumenter.

    1. Ce que j’aime beaucoup de votre commentaire est la distinction claire entre les chiffres (le scientifique) et le ressenti.

      Certains aiment mettre des chiffres sur le ressenti pour lui donner une crédibilité supplémentaire. À mon avis, c’est contre-productif parce que les résultats se rapprochent des pseudo-sciences …on ne peut pas en conclure grand chose de valide. Pourtant, le ressenti a sa propre valeur, en autant qu’on ne confonde pas son propre ressenti avec une vision d’ensemble et qu’on soit sensible aux influences extérieures sur nos perceptions.

      Je dis souvent qu’on pourrait faire des combats de chiffres infinis pour comparer les situations des hommes et des femmes. Les uns pourraient ne s’attarder qu’aux situations dans lesquelles ils sont défavorisés pendant que les unes feraient de même. Ce serait sans fin et totalement futile; on n’arriverait jamais à une conclusion valide.

      Vous soulignez, comme moi, l’importance des *choix* des femmes. Oui, les femmes font des choix différents, pour une raison bien simple: elles SONT différentes!

      Je publierai bientôt en ligne mon travail de maîtrise qui tourne autour de ce thème.

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