J’ai mal à mon féminisme

 J’apprends par le Huffington Post que Jérôme Blanchet-Gravel a pris la décision de porter plainte à la Commission des droits de la personne pour le traitement qui lui a été réservé à l’Amère à boire. Monsieur Blanchet-Gravel a été cavalièrement sommé de quitter le bar et de ne plus y revenir, en raison de ses opinions politiques.

Le Huffington Post rapporte les propos suivants :

«C’est vraiment une cause politique pour la liberté d’expression», assure Jérôme Blanchet-Gravel, en précisant qu’il le fait «pour la cause» et non pas pour une éventuelle compensation financière accordée par la Commission.

La démarche de Monsieur Blanchet-Gravel est parfaitement juste : en effet, la liberté de conscience et la liberté d’expression doivent être protégées, et les individus bafoués dans leurs droits, lorsqu’ils réagissent, protègent ces droits non seulement pour eux-mêmes, mais aussi pour les autres.

J’ai mal à mon féminisme

Un bon nombre d’internautes se réclamant du féminisme ont pourtant appuyé la façon d’agir des employés concernés de l’Amère à boire et sont allés jusqu’à blâmer les patrons de ne pas les avoir soutenus. Entre autre, certain(e)s prétendent par exemple que d’expulser ce client était nécessaire pour assurer la sécurité des clients, et surtout des clientes, ainsi que celle des serveuses, alors qu’on n’a aucune preuve qu’il ait fait autre chose que consommer tranquillement, assis, en parlant avec ceux qui l’accompagnaient. Quelle menace peut-on représenter pour la sécurité des femmes en agissant de cette façon-là ? J’ai mal à mon féminisme.

Un texte publié sur le site Ton petit look a retenu mon attention. Si je me fie aux auteures qui ont contribué ou contribuent à ce blogue que j’ai eu l’occasion de lire, c’est-à-dire Thérère Kaligirwa Namahoro, Jessica Paquin, Roxanne Noël-Duschesne, Elisabeth Dubois, et désormais, une qui se fait appeler Annie Nonyme, il s’agit essentiellement d’un blogue de péronnelles qui se croient politisées alors qu’elles n’ont pas dépassé le stade de la révolte typique de l’adolescence. Si d’autres auteures contribuant à ce blogue viennent me lisent, sachez que je ne base mon impression que sur celles de vos collègues que je viens de nommer, vous ne devez donc pas interpréter cette remarque comme si elle vous visait personnellement (bien que cela fasse en sorte que je n’ai pas le moindre intérêt à lire autre chose publié sur votre blogue, mon temps est précieux).

Quoi qu’il en soit, le texte d’Annie Nonyme est désespérant à lire. Elle affirme que ce sont les propos de Jérôme Blanchet-Gravel sur les femmes qui lui ont valu cette tentative d’exclusion de l’établissement. On ignore sur quoi elle se base pour affirmer cela.

La présomption d’innocence, ça vous dit quelque chose?

On ignore aussi sur quoi elle se base pour insinuer que Jérôme Blanchet-Gravel est un « client qui se croit tout permis », qui du coup menace la sécurité des serveuses et des clientes. Dans le texte de Monsieur Blanchet-Gravel sur lequel elle base son jugement, celui-ci affirme pourtant bel et bien que l’objectif de prévenir le viol est louable. Personne n’a fourni la moindre preuve non plus qu’il ait eu un comportement déplacé envers les femmes présentes dans le bar ; il affirme n’avoir rien fait d’autre que consommer et parler à ses amis, et personne ne semble contester sa version des faits, encore moins avoir des preuves qu’il en ait été autrement. La présomption d’innocence, ça vous dit quelque chose ?

Annie Nonyme vient même donner raison à Monsieur Blanchet-Gravel dans sa dénonciation des excès du féminisme, en l’enjoignant – à deux reprises dans le texte – de rester chez lui pour que les femmes se sentent en sécurité. Un homme qui, pour autant qu’on sache, n’a jamais été coupable d’agression sexuelle ni de harcèlement, et qui affirme dans un texte que la prévention du viol est un objectif louable, devrait rester chez lui pour que les femmes se sentent en sécurité…et face à cela, la blogueuse anonyme s’étonne que l’on déplore les excès du féminisme d’aujourd’hui !

Interprétations tordues

Elle invoque son expérience comme gérante d’un bar pour affirmer que si la sécurité des clients ou des employés semble menacée dans ce genre d’établissement, il est commun de demander à l’individu qui paraît menaçant de quitter les lieux. Faut-il attendre qu’un geste concret soit posé pour intervenir ? demande-t-elle. Eh bien oui : il faut que des paroles ou des gestes déplacés aient eu lieu pour justifier d’exclure un client. Les interprétations tordues que fait Annie Nonyme du texte de Jérôme Blanchet-Gravel ne sont pas une raison suffisante.

Inutile de commenter l’histoire à l’Université d’Ottawa, vaguement relatée par la blogueuse anonyme. Le texte ne donne vraiment pas assez d’information pour que l’on puisse se prononcer. Je dirai simplement que tous ceux qui savent aussi bien que moi qu’il existe, de nos jours, des militants et militantes se réclamant notamment du féminisme qui se permettent de chercher à exclure des personnes pour des propos parfaitement légitimes, ont toutes les raisons de se méfier de cette histoire. Je le sais parce que ça m’est arrivé personnellement, c’est aussi arrivé à Rhéa Jean, et il y a d’autres exemples. Il est tout à fait possible (probable?) que Monsieur Blanchet-Gravel ait été injustement exclu.

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