Lettre à Martine

Réponse à son texte : https://www.lapresse.ca/debats/opinions/201910/19/01-5246121-le-mecs-club.php

Martine, comment je pourrais bin te dire ça. Tsé, je te vois à tv, pis là je viens de te lire dans le journal. Moi chu un gars de 40 ans, pis là si je comprends bien tu veux pas qu’on aie une série de gars qui parle de gars. Pourtant ma blonde elle regarde plein de séries de filles qui parlent d’affaires de filles. Moi, ça m’emmerde ses programmes, faque c’est pour ça que je vas jouer au hockey avec mes chum le soir tard, quand les petits sont couchés.

Après 45 heures par semaine à shop, le service de garde, les soupers, les commissions pis les affaires à réparer dans maison, j’ai juste le goût d’avoir du fun à jouer au hockey avec mes chums.

Mais là tu dis qu’on fait du mal aux femmes, qu’on fait des complots pour les violer. Je comprends pas trop là Martine. On enlève de la place aux femmes ?

Photo : Avanti Groupe/Karine Dufour

Tsé, Martine, ma blonde à dort quand je vais jouer, pis à part se taper dessus pour le fun pis s’envoyer des jokes entre nous, pis rire de Gagnon ou Bédard, je sais pas trop où je fais du mal aux femmes ?

À shop aussi, on est 12 gars. Je veux pas que tu penses qu’on fait des complots, chu machiniste pis ça pleut pas des femmes. Ça manque même. Les dîners seraient moins colons. Heureusement, à l’administration c’est plein de filles, mais elles viennent pas diner avec nous. La directrice des ressources humaines, Chantal, j’aimerais ça avoir sa job, ça l’air cool, pis ça sent bon dans son bureau, mais j’ai juste un secondaire 5, pis elle, elle a deux bacs. Ça m’écoeure un peu quand je vais la voir pour mes assurances ou mes heures qui match pas avec ma paie. Elle soupir comme si je la dérangeais. J’ai l’impression qu’à me regarde de haut.

Toi Martine, tu gagnes 4 fois mon salaires pis t’es syndiquée à l’os. Je me demande où c’est que tu penses que je te vole quelque chose pis que je suis une menace.

Tsé moi, toutes ces affaires là de féministes, je comprends pas trop. Ma blonde pis moi on travaille fort pour payer l’hypothèque de notre petit bungalow à Saint-Janvier, pis on pense pas trop à ça. Ma blonde gagne un peu plus cher que moi, pis tant qu’est heureuse pis les enfants manquent de rien, ça va.

Je me demande juste pourquoi tu dis que je suis un privilégié par rapport à toé ou même ma blonde ?

Je te connais pas Martine, mais ça me dérange un peu que tu penses que je l’ai facile. Mon gars y’est comme moi, y’en arrache à école. C’est tuff, tu sais. J’aurais voulu qui soit mieux que moi. Une chance que ma file c’est une bollée. Elle pète des scores.

Martine, c’est pas évident pour moi de parler. Ça sort pas aussi bien que toi dans les journaux pis à TV. Mais fallait que ça sorte.

C’est comme Bob, qui joue dans les Blancs. Pas un gros parleux. Sa femme l’a sacré là, pis est r’tourné vivre à Chibougamau avec son ti-gars de quatre ans. Bob y’a jamais dit un mot. Sur la glace, il était pu pareil. Il s’arrangeait après tout le monde. Y’a même cassé son bâton. Lui qui est bin tranquille d’habitude.

Hier, il était pas au match. Il s’est pendu deux jours avant. Il avait pas les moyens d’engager un avocat, pis il supportait pas de pu pouvoir jouer avec son fils pis écouter le hockey avec.

Tu sais quoi, c’est quand même mieux qui se tue lui au lieu de sa blonde. 

Je dis ça de même.

C’est certain Martine que quand tu veux qu’on se la ferme pour pas empêcher les femmes de parler de leur souffrance, bin ça fait de la rage en dedans.

Au fond, c’est peut-être ça que tu veux. Ton livre va être vraiment vrai, pis tu vas en vendre plus. Tu vas avoir raison finalement.

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