Laissez aux femmes ce qui leur appartient

En ce 8 mars, j’aimerais inviter les femmes, c’est-à-dire les femelles de l’espèce humaine, à se réapproprier ce qui est censé être la journée internationale des droits des femmes.


Les combats féministes se sont occupés et s’occupent encore de nombreuses inégalités et formes d’oppression qui touchent spécifiquement les femmes en raison de leur SEXE : travail sous-payé, voire pas payé du tout, mutilations génitales (pensez-vous vraiment qu’on vérifie l’identité de genre de l’enfant pour s’assurer qu’on doit bel et bien l’exciser?), mariages imposés, obligation de se couvrir entièrement pour sortir de chez soi, sous peine d’être harcelée ou même arrêtée par la police, obligation de maternités non désirées, etc. 


Qu’on lutte pour les droits des personnes trans, celles qui sont atteintes de dysphorie de genre, est très bien. Bien que féministe critique du genre, je suis 100% d’accord pour que les personnes trans soient protégées contre la violence, contre le harcèlement, contre la discrimination à l’emploi, contre la discrimination au logement. Ces êtres humains doivent jouir des mêmes droits fondamentaux que les autres.


Cependant, ce n’est PAS le mandat du féminisme. Ce n’est pas non plus ce à quoi est censée être consacrée la journée du 8 mars. Comme le disent si bien Andrée Yanacopoulo et Diane Guilbault, deux grandes féministes québécoises, quand les groupes féministes commencent à vouloir s’occuper de toutes les causes à la fois, en se réclamant du féminisme intersectionnel, elles en viennent à oublier le principal (pour un groupe féministe) : les intérêts des femmes.


En conclusion, j’aimerais revenir sur un sujet que j’ai traité dans un précédent billet : il n’y a pas de personne cisgenre. Dire que personne n’est cisgenre, ne revient aucunement à nier la réalité de la dysphorie de genre. On n’a pas de terme spécifique pour désigner les gens qui ne sont pas atteints de la maladie de Chron, ni pour désigner les gens qui ne sont pas estropiés, ou encore les gens qui ne sont pas toxicomanes, les gens qui ne sont pas autistes, les gens qui ne sont pas diabétiques, les gens qui ne sont pas schizophrènes, etc. Ceux que les militants LGBTQ-alouette et les féministes intersectionnelles désignent comme cisgenre, sont simplement des gens normaux (oui, j’ose l’écrire). 


Il n’y a pas des personnes dont le genre correspond à celui qui leur a été assigné à la naissance et d’autres dont le genre est différent de celui qu’on leur a assigné à la naissance. Il y a des gens qui n’acceptent pas leur sexe et qu’on appelle aujourd’hui transgenre (transsexuel étant désormais considéré comme un terme à éviter). Les autres acceptent leur sexe, et parmi ces gens qui acceptent leur sexe, la conformité au genre associé à leur sexe est à des degrés variables.


Le qualificatif cisgenre est imposé par des militants qui voudraient banaliser la condition trans et faire croire, au moyen d’un vocabulaire qui paraît neutre (mais qui ne l’est pas du tout) que, aussi bien qu’il y a des femmes noires et des femmes blanches, des femmes jeunes et des femmes âgées, des femmes pauvres et des femmes riches, des femmes hétérosexuelles et des femmes homosexuelles, il y a des femmes cisgenre et des femmes transgenre. Or, le dernier terme de cette énumération réfère à des gens qui ne sont pas des femmes. Laissez aux femmes ce qui leur appartient.

1 a commenté sur “Laissez aux femmes ce qui leur appartient”

  1. Les gens qui ne sont pas autistes : Neurotypiques.

    Les gens qui ne sont pas « estropiés » : En anglais « able-bodied ». En français on attend encore un terme adéquat, effectivement, ce qui n’invalide pas l’usage de cis-genre. D’ailleurs, on utilise pas « estropié » non plus. On parle d’un personne avec une déficience [ou incapacité ou handicap] physique.

    Je suis bien d’accord avec vous que la cause des trans n’a pas à être la cause des féministes, ou plutôt des femmes. Par contre vous établissez-vous même que la défense de leurs droits est légitime. L’usage d’un vocabulaire qui évacue la notion archaïque de « normalité », qui stigmatise toutes les minorités incluant les trans, fait partie de cette promotion des droits et de la sensibilisation du publique. Je vous suggère de mieux choisir vos batailles…

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