Le président de la FFQ (Fausses féministes du Québec)

La division des féministes…ou des féminismes ?

Gabrielle Bouchard, une « femme trans » (c’est-à-dire biologiquement homme), occupe depuis maintenant plusieurs mois la présidence de la Fédération des femmes du Québec (la FFQ, qui devrait changer de nom pour Fausses féministes du Québec). Alors qu’un certain groupe de féministes considère l’arrivée d’une première personne trans à un tel poste comme un grand pas en avant dans l’histoire de la FFQ, d’autres féministes y voient plutôt une imposture et un signe de plus que cette association, censée œuvrer pour l’avancement de la cause des femmes, a perdu de vue sa vocation de base : représenter les femmes et défendre leurs droits et leurs intérêts.

 

Les féministes de Pour les droits des femmes du Québec (PDF-Québec), dont je suis, ont exprimé leur opposition. On peut lire la position de Diane Guilbault, publiée entre autres dans le Journal de Montréal, ainsi que celle de Michèle Sirois et moi-même, publiée dans le Devoir. La FFQ endosse le féminisme intersectionnel ; celui-ci est rejeté par PDF-Québec, pour la simple et bonne raison qu’il favorise peut-être bien des choses, mais pas les intérêts des femmes.

 

Voici l’un des effets du manque de cohérence du féminisme intersectionnel qui me fait hésiter entre rire et pleurer : on en vient à défendre des hommes au détriment des femmes (pas à défendre les hommes lorsque ce sont eux qui sont victimes d’injustice, non non : donner la priorité à des hommes sur les femmes). Je m’explique dans les prochains paragraphes.

 

Femmes « cisgenre » et « femmes transgenre »

« Ce serait porteur de privilèges pour une femme de s’identifier comme une femme ! »

Le féminisme intersectionnel raisonne selon une dualité simpliste entre privilégiés et opprimés. Au départ, il va sans dire que les hommes sont considérés comme ayant des privilèges sur les femmes, ces dernières représentant donc la classe opprimée par rapport aux hommes. Bien entendu, la réalité n’est pas simple à ce point-là, et même les féministes intersectionnelles en ont conscience. Toutes les femmes ne sont pas systématiquement du côté des opprimés selon cette idéologie : les Blanches, les hétérosexuelles, les riches sont privilégiées par rapport aux femmes dites « racisées », aux lesbiennes, aux femmes pauvres. Sans oublier que les femmes cisgenre sont privilégiées par rapport aux femmes transgenre. C’est précisément sur ce dernier point que s’appuie la contradiction que je veux mettre en lumière.

 

Il importe d’abord de comprendre ce qu’est une «femme transgenre» et ce qu’est une «femme cisgenre». Les intersectionnelles appellent «femme transgenre» une personne qui est née de sexe mâle mais qui s’identifie comme une femme. Remarquez qu’une intersectionnelle le formulerait sans doute plutôt comme ceci : une personne dont le genre ne correspond pas à celui qu’on lui a assigné à sa naissance. Vous qui me lisez, à moins de faire partie de la minorité de gens qui croient que les médecins assignent un genre à l’enfant lors de l’échographie ou lors de sa naissance, lorsqu’il dit aux parents si c’est une fille ou un garçon, vous faites sans doute partie, comme moi, de la majorité de gens qui considèrent que le médecin constate le sexe du bébé et en informe les parents. Si tel est le cas, vous admettez vraisemblablement qu’une «femme trans» est en réalité un homme, ou du moins qu’elle en a été un et qu’elle est devenue une femme.

 

Le mot cisgenre, par opposition, est censé qualifier les personnes qui ne sont pas transgenre. Ainsi, dire que les femmes cisgenre sont privilégiées par rapport aux femmes transgenre revient à dire que les hommes qui s’identifient comme femmes sont opprimés par rapport aux femmes qui s’identifient comme femmes. Ce serait porteur de privilèges pour une femme de s’identifier comme une femme !

 

En effet, il suffit désormais qu’un homme s’identifie comme une femme pour être désigné comme «femme trans». Posons-nous la question : les personnes désignées comme femmes trans sont-elles vraiment devenues des femmes ? Admettons, pour les besoins du texte, que nous nous entendions pour dire qu’une personne qui a complété la transition, qui a maintenant des traits sexuels secondaires féminins, voire une vulve fabriquée chirurgicalement, qui porte des vêtements de femme, a un prénom de femme, etc., est bel et bien devenue une femme. Cependant, il faut savoir qu’il n’est désormais plus nécessaire d’avoir ne serait-ce qu’entamé une transition pour être reconnu comme une femme trans ; il n’est même pas nécessaire d’envisager d’en faire une ! Désormais, ce serait « l’identité de genre » qui ferait de quelqu’un une femme, un homme, les deux à la fois ou ni l’un ni l’autre.

 

L’identité de genre est définie comme suit par la Commission Ontarienne des Droits de la Personne (CODP) : « L’identité de genre est l’expérience individuelle et interne du genre de chaque personne. C’est son sentiment d’être une femme, un homme, les deux, aucun des deux, ou n’importe où sur le spectre du genre. »[1] Selon l’Association Américaine de Psychiatrie (AAP), l’identité de genre est « le sentiment intrinsèque et profond d’être un garçon ou un homme ; une fille ou une femme ; ou un genre alternatif (ex, genderqueer, non-conforme dans le genre, neutre dans le genre, etc.) qui peut ou pas correspondre au sexe assigné à la naissance d’une personne ou à ses caractéristiques sexuelles primaires ou secondaires. Comme l’identité de genre est interne, elle n’est pas nécessairement visible pour les autres. »[2] Il s’agit donc d’un sentiment, de quelque chose de totalement subjectif. Comme si les mots femme et homme ne référaient à rien qui puisse être objectivement constaté !

 

La contradiction du féminisme intersectionnel

Je me souviens d’avoir retenu mon éclat de rire lors d’un panel où des féministes intersectionnelles prenaient la parole : avant même que les panélistes commencent à parler, l’animatrice a prévenu les gens dans la salle que durant la période de questions, on donnerait priorité à ceux qui ont moins de privilèges. Cela voulait dire que les « racisé(e)s » passaient avant les Blanc(he)s, notamment, et bien sûr les femmes avant les hommes…mais, a-t-elle ajouté, on ne présumera de l’identité de genre de personne. Si vous avez bien suivi, vous avez compris que si un homme s’était déclaré femme, il aurait eu priorité sur n’importe quelle vraie femme voulant poser une question. Il est à noter que je ne suis pas favorable à ce qu’on discrimine ainsi les gens selon leur sexe et leur couleur lors d’une période de questions, j’ai simplement trouvé très drôle de voir des féministes intersectionnelles face à leur immense contradiction.

 

D’ailleurs, il existe des personnes qui se considèrent comme « transraciales », qui ne bénéficient généralement pas de la sympathie des féministes intersectionnelles : il aurait été impensable qu’une personne blanche puisse invoquer être trans-race pour passer avant une personne noire, arabe ou autre. Il n’est pas question que les Blancs s’approprient le vécu des personnes racisées. Par contre, non seulement les féministes intersectionnelles admettent que des hommes s’approprient le vécu des femmes, mais elles vont jusqu’à blâmer les féministes qui réagissent négativement à cela.

 

Ainsi, du point de vue du féminisme intersectionnel, les vraies femmes doivent la mettre en veilleuse face aux revendications des femmes transgenre. Quand je dis les vraies femmes, je veux dire celles que les intersectionnelles qualifient de cisgenre, pour créer l’illusion que les femmes transgenre sont des femmes, par un procédé rhétorique tout simple : il y a des femmes blanches et des femmes noires, mais ce sont toutes des femmes. Il y a des femmes hétérosexuelles et des femmes homosexuelles, mais ce sont toutes des femmes. Il y a des femmes riches et des femmes pauvres mais ce sont toutes des femmes. Il y a des femmes cisgenre et des femmes transgenre mais ce sont toutes des…non, là je vous arrête, ça ne fonctionne pas avec moi : dans la liste, il y a un terme qui réfère à des mâles humains alors que tous les autres réfèrent à des femelles humaines.

 

« Quand je dis les vraies femmes, je veux dire celles que les intersectionnelles qualifient de cisgenre, pour créer l’illusion que les femmes transgenre sont des femmes, par un procédé rhétorique tout simple […]

 

Pour favoriser les intérêts des femmes, encore faut-il reconnaître leur existence

 

Gabrielle Bouchard est de ceux qui ont lutté pour qu’il suffise de s’identifier au sexe opposé pour obtenir un changement de mention de sexe reconnu légalement. Avant le changement de loi, il fallait avoir eu l’opération de réassignation de sexe pour obtenir un changement sur ses papiers d’identité. Cela a été dénoncé en 2014 par le Centre de lutte contre l’oppression des genres, affilié à l’Université Concordia, qui a entamé un recours devant la Cour supérieure du Québec pour faire invalider cette disposition, qu’il considérait discriminatoire. Il était déjà question alors, pour l’Assemblée nationale, de modifier la loi. Gabrielle Bouchard travaillait alors à la coordination du Centre de lutte contre l’oppression des genres, et a exprimé son souhait que la loi ne soit pas remplacée par une autre loi discriminatoire, comme par exemple que la personne s’habille comme les personnes du sexe opposé depuis au moins cinq and. Autrement dit, aux yeux de Bouchard, il devrait suffire de déclarer qu’on s’identifie comme une femme, sans avoir à invoquer quoi que ce soit d’objectif.

 

Bouchard semble vouloir effacer le sexe comme réalité ; sa volonté que l’on cesse de parler de mère et de maternité pour parler de la grossesse, de l’accouchement et de l’allaitement (parce que bien entendu, il y a des hommes trans, c’est-à-dire des femmes qui s’identifient comme hommes, qui ont gardé leur vagin et leurs glandes mammaires et qui peuvent vivre tout cela), va dans le même sens et a aussi porté à controverse.

 

Comment les femmes pourraient-elles gagner à ce que l’on cesse de reconnaître socialement leurs besoins particuliers liés à leur sexe ? Comme le dit fort justement Diane Guilbault, être une femme n’est pas un choix. C’est une réalité biologique qui a des implications quant aux besoins en terme de santé, quant à la puberté, quant aux façons de vivre sa sexualité et aux risques liés à celle-ci, quant à l’éventualité de grossesse et d’allaitement… Il n’y a rien de féministe dans le fait de vouloir faire semblant que «femme» est un ressenti et une identité subjective qu’on peut s’approprier ou non selon ses désirs, plutôt qu’une réalité biologique qui a un impact constant sur la vie des personnes qui vivent cette réalité (la même chose pour le fait d’être homme).

 

Pour que les intérêts des femmes soient reconnus, il faut reconnaître qu’elles ont des besoins particuliers en tant que femmes, et pour que cela soit reconnu, il faut se souvenir que les sexes existent. Cela n’entre pas en conflit avec la nécessité que les droits des personnes trans soient reconnus et protégés : ces personnes doivent, comme tout le monde, être protégées notamment contre la violence, contre la discrimination au travail et au logement, leurs droits fondamentaux doivent être protégés. Mais passer sous silence le caractère sexué de l’espèce humaine n’est pas la solution. De plus, si défendre les droits et intérêts des personnes trans est une cause parfaitement légitime, celle des association féministes est censée être de défendre ceux des femmes ; si les associations féministes ne s’en occupent plus, qui va s’en occuper?

 

 

 

 

[1] http://www.ohrc.on.ca/fr/identit%C3%A9-sexuelle-et-expression-de-l%E2%80%99identit%C3%A9-sexuelle-brochure

[2] https://www.apa.org/pi/lgbt/resources/sexuality-definitions.pdf

2 commentaires sur “Le président de la FFQ (Fausses féministes du Québec)”

  1. Il paraît que ça décrypte déjàles oeuvres de Tolkien, ça craint, atteinte au nains ou aux tronches dOrques et de Trolls, et à toutes autres sortes de créatures » racisées ». Un vrai monde de fous!

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