Les jeunes, l’environnement, la consommation

Image, source : http://www.lecilvert.com/blog/2012/11/noel-la-fete-de-la-surconsommation/

Je viens de lire ce texte, qui m’a fait fortement réagir, et qui doit traduire l’opinion de bien des gens. C’était d’ailleurs ma propre vision pendant longtemps.

Ce commentaire viendrait semble-t-il d’un journaliste de Skynews, quelque part en Australie, mais peu importe la source, j’ai lu des tas de commentaires de cette teneur depuis vendredi:

« Vous êtes la première génération à avoir demandé la climatisation dans chaque salle de classe; vos leçons sont toutes faites à l’ordinateur; vous avez une télévision dans chaque pièce; passez toute la journée à utiliser de l’électronique (…). Vous êtes les plus grands consommateurs de biens de consommation de toute l’histoire. Vous achetez les vêtements les plus chers pour être tendance. (…)

Les jeunes, avant de protester, éteignez la climatisation, allez à l’école à pied, éteignez vos téléphones et lisez un livre, faites un sandwich au lieu d’acheter de la nourriture.

Mais rien de cela ne se produira, parce que vous êtes égoïstes, mal éduqués, manipulés par des gens qui vous utilisent, disant que vous avez une cause noble tout en vous amusant dans le luxe occidental le plus fou. Réveillez-vous, et fermez-la. Informez-vous des faits avant de protester. »

Fermez-la? Pardon?

Et qui, je vous prie de me le dire, les a ainsi rendus dépendants de la consommation, avec un tel goût du luxe et de l’objet? Qui, sinon leurs parents?

Le rapport qu’entretiennent les jeunes à la consommation est intimement lié à de très nombreux souvenirs familiaux chargés émotivement. Leur compulsion de consommation dépasse largement la satisfaction de leurs besoins réels: c’est devenu une forme de dépendance affective, entretenue depuis leur naissance par des parents débordés qui ont trouvé bien pratique de pouvoir compenser leurs lacunes et leurs trop nombreuses absences par des cadeaux, des activités, et de la consommation intensive. La consommation calme les angoisses, le manque, l’ennui: la consommation sent bon papa et maman. C’est la doudou des plus grands.

Les familles manquent de temps, les parents travaillent trop, et de surcroît, les couples se séparent et se partagent la garde. Dans un tel contexte, l’idée très populaire mais hautement discutable selon laquelle le temps de qualité est plus important que le temps en quantité était terriblement rassurante, et vachement pratique. On s’y est accroché. Et vu l’importance démesurée de ces quelques moments chronométrés avec leurs enfants, les parents ont fait des pieds et des mains pour que ce temps soit particulièrement riche et inoubliable. En consommant sans compter.

Ils les ont amenés au restaurant, les ont sortis au cinéma, au zoo ou au musée et leur ont offert un petit cadeau à la boutique-souvenirs en sortant, les ont souvent emmenés en voyage, les ont divertis à l’excès, les ont inscrits à toutes sortes d’activités sportives et artistiques, les ont couverts de bébelles, ont souligné leurs réussites par un cadeau ou de l’argent, et ils ont beaucoup investi en cadeaux, décoration et bouffe à Noël, à l’Halloween et à leur anniversaire… Achats, achats, achats, argent, cadeaux, dépenses, consommation… amour.

Un petit ceci par ici, un gros cela par là : une console qui devait consoler, un vêtement qui devait réchauffer le cœur, un voyage qui devait unir, un cellulaire pour faire croire qu’on est tout près… Nos jeunes sont devenus dépendants d’une surconsommation nourrie par leurs propres parents. Et maintenant, ils ont peur pour leur planète, et ils devraient se la fermer?

Il me semble qu’au lieu de les blâmer et de chercher à leur mettre le museau dans leur caca, on devrait peut-être aujourd’hui les amener à prendre conscience de l’origine de leur dépendance, et les aider à s’en défaire.

Faites votre mea culpa, les vieux. Le modèle de vie frénétique qu’on a offert à nos jeunes a cultivé leur matérialisme. Les jeunes ne sont pas responsables d’une dépendance qui leur a été inoculée dans l’enfance et qui a depuis laissé une empreinte affective profonde. Alors maintenant, si on les aidait?

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