Femmes : nous ne serons jamais parfaitement en sécurité

Olivia PelkaSur le site internet BuzzFeed.com, Anais Bordage, journaliste féministe, publiait ce 25 janvier une liste de 73 choses que beaucoup de femmes font pour se sentir en sécurité dans l’espace public.

On entend parfois dire qu’il serait sexiste de recommander aux femmes d’assurer leur sécurité par certains choix et certains gestes, car, dit-on, si nous vivions dans une société vraiment égalitaire, les femmes devraient pouvoir aller où elles veulent, quand elles veulent, et comme bon leur semble, sans jamais se sentir menacées. On assimile donc tous les dangers qu’encourent les femmes quand elles circulent dans l’espace public, à des inégalités sur lesquelles on devrait pouvoir agir comme société. Je suis en désaccord, car je crois que certaines des plus graves menaces qui pèsent sur les femmes ne peuvent pas être corrigées par l’éducation. J’ai moi-même déjà pris plusieurs de ces précautions, et bien d’autres qui ne sont pas dans cette liste, comme par exemple, choisir judicieusement mes parcours quand je pars jogger, et faire connaître ce parcours à mes proches. Et même si par le passé, ça me semblait injuste de devoir penser à tout cela sous prétexte que je suis une femme, je suis maintenant d’avis que c’est nécessaire pour une femme de développer certains de ces réflexes (j’ai bien dit « certains » de ces réflexes). Et je crois que les mères doivent enseigner à leurs filles à les développer.

D’abord, mentionnons deux choses. Premièrement, cette liste a été dressée en France et certains de ces 73 points ne nous concernent que peu, au Québec, car ils relèvent d’une culture et d’un melting pot culturel qui ne sont pas les nôtres. La France n’est pas le Québec, et Paris n’est pas Montréal.

Et secundo, cette liste a été clairement gonflée pour en accentuer l’effet dramatique (plus il y a de points dans la liste, plus ça frappe l’imaginaire). Voyez par vous-même. En cinq points distincts, on dit la même chose :

2. Faire semblant de ne pas parler français quand on nous aborde.
11. Ne pas répondre quand un homme nous parle dans la rue.
12. Répondre rapidement quand un homme nous parle dans la rue («merci», «c’est noté») sans s’arrêter car il arrive que certains hommes prennent très mal le fait qu’on ne réponde pas et menacent de nous frapper car on les ignore.
13. Dire «désolée, je n’ai pas le temps» en faisant semblant de marcher très vite, comme si on était en retard alors que ce n’est pas le cas.
25. Faire semblant d’être au téléphone.

En somme, ce sont cinq façons de dire « éviter de parler aux hommes qu’on ne connait pas ». Certains de ces exemples ressemblent à de la paranoïa excessive, et d’autres me semblent être du manque de savoir-vivre (ne pas répondre quand on nous parle, ne pas sourire quand on nous sourit, par exemple). Remarquez aussi la dernière partie du point 12: « certains hommes prennent très mal le fait qu’on ne réponde pas et menacent de nous frapper car on les ignore ». Quoi? Jamais ça ne m’est arrivé au Québec. Absolument jamais. Serait-ce particulier à la région parisienne? Je n’en sais rien, mais ça me semble grandement exagéré.

Ici, un autre exemple de multiplication tendancieuse des éléments de cette liste:

1. Mettre nos clés entre nos doigts dans notre poing fermé quand nous rentrons seules chez nous le soir.
40. Réfléchir à tout ce qui pourrait nous servir d’arme : une bombe de laque, une bouteille de parfum, un parapluie, des bijoux un peu pointus…
44. Transporter un sifflet ou une bombe au poivre.

Trois façons de dire « prévoir un objet pour se défendre en cas d’urgence ». On aura compris! Les points 3 et 4 disent eux aussi la même chose au sujet de la consommation d’une banane en public… Et j’en passe.

Je reconnais d’emblée que plusieurs des 73 éléments de cette longue liste relèvent de la culture et de l’éducation, et ces situations doivent être dénoncées. Car oui, évidemment, il y a lieu de faire de l’éducation et de la sensibilisation, et de ne pas tolérer certains comportements masculins qui briment la liberté des femmes de circuler en paix. C’est évident. Celui-ci, par exemple: « 55. Changer de trottoir quand un groupe d’hommes arrive sur notre chemin. » Des hommes en groupe font les imbéciles quand ils croisent une femme sur la rue? Clairement une affaire d’éducation et de culture. C’est totalement impoli, et un abus de la situation de vulnérabilité d’une femme.

Mais ce qui retient surtout mon attention dans cette liste mélodramatique, c’est que plus de la moitié de ces exemples sont des précautions qui servent à éviter des dangers qui n’ont rien à voir avec l’éducation ou la culture, et tout à voir avec les différences fondamentales qu’il y a entre l’expression de la maladie mentale ou de la souffrance profonde chez les hommes et chez les femmes.

Un homme qui va très mal sera toujours plus à risque de manifester des comportements sexuels inadéquats qu’une femme qui va très mal. Et ce n’est pas parce que nous sommes plus vertueuses, nous, les femmes (loin s’en faut): c’est parce que nous sommes différentes, physiquement, et biologiquement. Ce n’est pas parce qu’il n’a pas reçu la bonne éducation (féministe) qu’un homme malade deviendra possiblement un prédateur sexuel, mais parce qu’il souffre profondément et qu’en même temps, il est soumis à l’influence importante de la testostérone, comme tous les hommes. On est tout à fait en droit d’attendre d’un homme équilibré qu’il domine la pression qu’exerce sur lui la testostérone. Mais pour un homme perturbé ou malade, ce sera beaucoup moins facile, et les risques de dérapages augmenteront nécessairement. Les femmes souffrantes ou malades, elles, seront moins à risque de développer un comportement déviant de prédation sexuelle, mais manifesteront leur déséquilibre de bien d’autres façons. Ce n’est pas une affaire d’égalité des sexes, mais de différences importantes entre hommes et femmes, et dans l’influence que les hormones exercent sur nous:

« La testostérone est ce qui fait qu’un homme est un homme. C’est cette hormone qui a sexualisé son cerveau lors de la période fœtale et qui serait directement associée à l’intensité sexuelle et à l’agressivité.
(…)
De plus, elle joue un rôle extrêmement important dans l’intensité du désir sexuel (libido) et de la performance sexuelle.
(…)
Les hommes, en général, produisent de 10 à 100 fois plus de testostérone que les femmes, ce qui explique l’intérêt sexuel plus élevé de ceux-ci, ainsi que leur agressivité plus intense. »

– Yvon Dallaire, Pour que l’amour et la sexualité ne meurent pas

L’homme produit de 10 à 100 fois plus de testostérone (hormone du désir et de l’agressivité) que la femme! Allons-nous cesser de prendre cette différence fondamentale à la légère?

Vous ne croyez pas à l’influence majeure des hormones sur les comportements? Que celles d’entre vous qui n’ont jamais fait souffrir leurs proches avec leur mauvaise humeur, leur colère, ou leurs larmes incontrôlables lorsqu’elles sont soumises au SPM, au post-partum, à la pré-ménopause ou à la ménopause, leur jettent la première pierre!

Tant qu’il y aura de la détresse psychologique ou des maladies mentales dans notre monde, il y aura des femmes en danger d’être agressées sexuellement. Ça a peu à voir avec l’éducation ou la culture. Placer l’égalité entre les hommes et les femmes à ce niveau-là, c’est placer la barre tellement haute qu’elle ne sera atteinte que le jour où plus un seul homme ne sera susceptible de se porter très mal. N’ayons pas la prétention d’enrayer la détresse humaine par une idéologie. C’est tout à fait utopique.

Et n’oublions surtout pas que la testostérone apporte aussi (et surtout!) beaucoup de bonnes et nécessaires choses. Je ne saurais me priver des avantages et des plaisirs de la testostérone… Alors, je ne sais pas pour vous, mais moi, je choisis de me protéger. Et je n’en fais pas une maladie.

5 commentaires sur “Femmes : nous ne serons jamais parfaitement en sécurité”

  1. Bonjour Mme Pelka,
    Un texte fort intéressant. J’aimerais toutefois préciser que le terme agressivité n’est pas synonyme de violence, comme beaucoup l’imagine. Le mot agressivité vient de deux mots latins « ad » qui signifie « vers » et « gressere » qui veut dire « aller ». Agressivité signifie donc littéralement « aller vers ». Aller vers quoi : vers l’autre, vers la satisfaction de ses besoins, vers le haut de la montagne, vers l’avenir…
    L’agressivité est donc de l’énergie que la nature a mise dans le corps des humains pour leur permettre de satisfaire leurs besoins légitimes et de s’épanouir.
    C’est lorsque l’agressivité ne peut atteindre son objectif (dont entre autres la satisfaction de besoins légitimes) qu’elle peut alors se transformer en violence, d’autant plus que la personne n’a pas su développer les habiletés relationnelles pour faciliter leur satisfaction.
    On voit bien ici le rôle de la nature (biochimie) et de la culture (éducation).

  2. « Et dire que ce dont souffrent les femmes, ce sont elles qui l’ont engendré en revendiquant pour elles seules l’éducation du jeune enfant, dire que les futurs misogynes dont souffriront leurs filles, ce sont les mères qui les préparent. »(Olivier, Christiane, Les enfants de Jocaste, p.72, Paris, Denoël/Gonthier)

  3. Bonjour,

    Après lecture de votre publication, j’aimerais préciser qu’il ne faut surtout pas confondre la culture et lois françaises et celles du Québec. Ça équivaut à comparer des pommes avec des oranges.

    Je vous invite à lire les statistiques compilées par les CALACS en cliquant sur le lien ci-bas.

    http://www.rqcalacs.qc.ca/statistiques.php

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