2018: Déclaration d’amour à ma féminité

OliviaEn 2018, j’aurai 50 ans.

Et j’ai envie de me faire un cadeau, pour débuter cette année : faire une déclaration d’amour à ma féminité.

Ah! Ma féminité. Des décennies de combats pour te conquérir. Mais on est ici bien loin des combats qui animent mes contemporaines : je parle plutôt de ma conquête d’une féminité ancestrale, traditionnelle, à l’ancienne. La féminité de ma grand-mère.

Féminité, je t’aime!

J’aime ma coquetterie.

Ma douceur.

Oh, riez tant que vous voudrez! Je sais que ce n’est pas ma douceur qu’on remarque en premier… surtout sur internet. Je n’en suis pas à une contradiction près.

J’aime la galanterie. Qu’on me tienne la porte. Qu’on me tende la main pour m’aider à enjamber une flaque d’eau. Qu’on tire ma chaise pour que je m’y assoie. Enfin, vous voyez le genre.

J’aime ma vulnérabilité. Avoir besoin d’être sécurisée. Protégée. J’aime ne pas être la plus forte. J’aime le torse poilu et large de mon homme. Me sentir délicate.

J’aime donner des soins. Nourrir les miens, laver leur linge, entretenir leur foyer, et tout. J’aime ça et j’en tire une immense fierté. Mais… qui l’eût cru? Moi? Moi qui ai déjà déménagé, par pure paresse, de la vaisselle sale, moi qui détestais faire à manger, et avais en horreur le ménage, je dis ça aujourd’hui? Eh ben ouais : je dis ça. Aujourd’hui.

J’aime ne pas prendre trop de place. J’aime jouer les seconds rôles. J’aime ne pas porter les culottes.

J’aime avoir besoin de mon mari, mon homo sapiens, pour me sentir complète. J’aime avoir besoin d’être nous deux. Et même, j’aime le fait d’avoir eu besoin d’être mariée! Pas juste accotée : mariée. Et dire que je me faisais une telle gloire, à une autre époque, de n’avoir besoin de personne.

J’aime ne pas me suffire à moi-même. Quitte à être parfois terrifiée à l’idée d’être seule. J’accepte cette peur, j’accepte ma faiblesse. De toute façon, si je me retrouve seule un jour, je deviendrai la sorcière de mon village, haïssable, frustrée et laide, chez qui on vient lancer des œufs pourris la nuit, et puis c’est tout! Pas grave, j’aurai eu de très belles années…

J’aime être mère. LA mère. Heureuse d’avoir porté, poussé, accouché, allaité, langé, lavé, élevé. J’ai aimé que mon corps soit femme à ce point. Je remercie ma tête de mule pour ne pas être passée à côté de tout ça. Il en aurait fallu de peu pourtant pour que ce bonheur m’échappe. Et je ne parle pas seulement du fait d’avoir donné la vie : je parle du bonheur d’avoir été totalement mère. Celle qui fusionne avec son bébé, celle qui se « sacrifie », qui pense à son petit avant elle-même, celle qui est là le matin, le midi, le soir, la nuit, celle qui cherche constamment à faire mieux, qui angoisse, celle qui ne veut pas vraiment d’autre carrière que celle-là, et surtout pas en même temps.

La maternité, quel privilège! Un privilège dont on ne parle plus aujourd’hui, il me semble, qu’en termes de lourdeur, d’empêchement, de contrainte, de difficulté, de conciliation, de limitation, et de nouvelles places à ouvrir en CPE… Moi, maternité, je t’aime entièrement. J’aime m’être sentie connectée, par mon ventre et par mes bras, à toutes ces femmes qui m’ont précédée, depuis la nuit des temps. Je suis femelle. Dans ma chair et dans ma tête.

J’aime mon corps de femme. Mes courbes, mes formes. Ma peau. Oh! Comme je t’ai maltraité, mon corps! J’ai mis tellement de temps à t’aimer. Et maintenant, à quelques années de la ménopause, je t’aime enfin comme tu le mérites. Excuse-moi de t’avoir donné un si mauvais carburant pendant si longtemps : cigarette, alcool, poutine-crème glacée-crottes-au-fromage-Pepsi. Et pendant des années, aucune mise en valeur de mes formes, de mes traits, de mes cheveux… Que ç’aura été long! J’aurais bien aimé y arriver plus tôt, mais mon père m’a rendu cette conquête trop ardue. Aujourd’hui, enfin, mon corps, j’aime te crémer, te soigner, t’exfolier, te maquiller délicatement, te colorer, te parer, t’entretenir, et te mirer. Tu me pardonnes, mon corps? Tu es si bon pour moi : merci.

C’est bon d’être une femme. Je n’aurais pas dit ça à 8 ans, ni à 19. Ni à 25.

Mais j’aurai 50 ans cette année. Et j’ai de la chance.

Car si je peux ainsi célébrer ma féminité, sans retenue, sans peur, c’est parce qu’elle est appréciée, respectée, aimée, chez moi, dans mon intimité. Parce que l’homo sapiens que j’ai choisi et qui m’a choisie aime cette féminité-là, en a besoin, et le manifeste. Ça rend tout plus facile, plus agréable.

C’est peut-être ça qui a le plus manqué à nos grands-mères. Et qui a mené à une révolution certainement nécessaire.

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