Quand la science dérape

Violences sexuelles chez les ados en couples

Par Benoit Séguin

Benoit

« Il y a la croyance que si tu es en couple avec quelqu’un, ça veut automatiquement dire que tu veux tout le temps » prétend une coauteure de cette étude de l’UQAM portant sur les violences sexuelles chez les adolescents engagés dans une relation amoureuse.

Ah bon? Il existe vraiment une croyance selon laquelle, si on est en couple, ça veut automatiquement dire qu’on veut tout le temps?

Entamer une recherche scientifique avec un tel préjugé et une telle prémisse risque de déboucher sur des conclusions pour le moins vaseuses.

« Une adolescente sur cinq et un adolescent sur seize subissent de la violence sexuelle de la part de leur partenaire amoureux » nous apprenait La Presse le 9 mai dernier, en référence à cette recherche présentée au 85e congrès de l’ACFAS (Association francophone pour le savoir). Le lecteur comprendra rapidement le message, sans aucun doute, mais l’auteur de l’article semble vouloir le marteler afin d’en faire un mantra : « Pas moins de 20 % des filles de troisième, quatrième et cinquième secondaire rapportent avoir subi de la violence sexuelle de la part de leur partenaire alors qu’elles étaient engagées dans une relation amoureuse. »

Selon quelle définition de la violence sexuelle, je vous prie?

Évidemment : la définition extra-large, celle que des groupes de pression tentent d’imposer depuis des années dans le débat public.

Pour preuve, veuillez consulter ce site qui met en ligne le questionnaire dont se sont inspirées les chercheuses de l’UQAM: http://www.midss.org/content/sexual-experiences-survey-long-form-victimization-ses-lfv ¹.

Contacts et tentatives non désirés

« Lorsqu’on interroge les adolescent[e]s sur la forme de violence subie pendant leur relation amoureuse, les contacts sexuels non désirés arrivent en tête (15 % des filles […]), suivis par les tentatives de relation sexuelle (14 % des filles […]) et les relations sexuelles non désirées avec pénétration (7 % des filles […]). » La recherche s’intéresse aussi aux garçons, bien entendu, mais les résultats démontrent de manière tout à fait prévisible que le phénomène ne les touche que très peu. Cette recherche a donc été faite essentiellement pour montrer que les filles en couple, elles aussi, sont des victimes potentielles de violence sexuelle.

Concédons ceci : oui, il faut se préoccuper des cas de relations sexuelles non désirées, même si le chiffre de 7% ne semble pas particulièrement alarmant. On parle ici du jeune homme qui n’obéit qu’à sa pulsion primaire sans égard à sa partenaire, fût-elle son amoureuse, ainsi que de la jeune femme incapable d’assumer sa responsabilité vis-à-vis d’elle-même. C’est-à-dire : refuser clairement son corps à l’autre, quand son corps lui dit clairement non.

Mais que penser des 15% de filles qui disent avoir eu des contacts sexuels non désirés avec leur propre chum?

Faut-il s’en alarmer? Et qu’entend-on par contacts sexuels? Qu’entend-on par violence?

« Les attouchements constituent les gestes les plus fréquemment rapportés par les filles et les garçons », révèle cette étude.

Donc, attouchements en couple = violence?

Scénarios hypothétiques

Un gars de 15 ans tâte le postérieur de sa blonde à un moment où elle ne s’y attend pas (dans une file d’attente, par simple défi ou pour se donner un kick). La fille fige un moment, puis elle dit à son chum « t’es donc ben con! » et l’épisode s’arrête là, dans le fou-rire de l’un et le malaise de l’autre. Un an plus tard, un sondage lui demande si elle a été victime de contact sexuel non désiré de la part de son chum… et voilà qu’elle entre dans le monde des statistiques. Oui. Elle a été violentée.

Second cas? 14% des filles en couple disent avoir été victimes de « tentatives de relation sexuelle ». Et ces « tentatives », bien entendu, sont assimilées à de la violence.

Deuxième scénario : un gars dit à sa blonde enweille donc… ses mains deviennent maladroitement baladeuses… empressées… mais la fille n’a pas envie d’aller plus loin et ce genre de manœuvre la dégoûte un peu, en raison surtout de sa maladresse. Elle confond alors vague répulsion et violence sexuelle. Normal : un certain discours social est parvenu à la convaincre que tout ce qui n’est pas désiré est une forme de violence. Un an plus tard, quand une chercheuse lui demande si elle a subi une violence du type « tentative de relation sexuelle », elle pense à cet épisode-là et coche OUI. Après tout, elle n’a pas désiré, à ce moment-là, se faire tripoter ainsi. Alors le fait de considérer cette tentative de la part son ex-chum comme une forme de violence sexuelle lui paraîtra évident.

Du reste, ce sera l’occasion de se venger de cet ado libidineux qui l’a plaquée pour une autre, imaginez, en lui disant : Écoute, si tu veux pas… ben moi je décroche.

Raccourci malhonnête

À en croire cette étude de l’UQAM, « si tu veux pas je décroche » s’assimile clairement à de la violence sexuelle. Ce serait même le moyen le plus utilisé pour user de violence à l’égard de l’autre. « L’utilisation de la coercition verbale est le moyen utilisé dans la majorité des cas. »

Si tu veux pas je décroche = coercition = violence.

Comme raccourci, on ne fait pas mieux. Et ce n’est pas le seul. Voici quelques extraits du sondage dont les chercheuses de l’UQAM se sont inspirées : « Showing displeasure, criticizing my sexuality or attractiveness, […] threatening to end the relationship, […] making promises I knew were untrue, or verbally pressuring me after I said I didn’t want to » = violence.

« Someone – mon chum – stared at me in a sexual way or looked at the sexual parts of my body after I had asked them to stop » = violence.

(Dans le cadre de cette recherche, « someone » se traduira par « mon chum » ou « ma blonde ». Mon conjoint ou ma conjointe.)

Violence réelle vs violence imaginée

Ce questionnaire comporte néanmoins des affirmations nettement plus lourdes, donc nettement plus rapprochées de ce qu’on peut raisonnablement appeler de la violence sexuelle.

« Someone – mon chum – […] rubbed up against the private areas of my body (lips, breast/chest, crotch or butt) or removed some of my clothes without my consent, […] » ; ou encore, mon chum « was threatening to spread rumors about me […] »

Le hic, c’est qu’on ne fait pas la distinction entre ces affirmations-là, lourdes de sens, et des bagatelles du genre « mon chum a regardé des parties de mon corps après que je lui aie demandé d’arrêter. »

Ainsi, une adolescente pourrait répondre NON à toutes les questions sauf celle-ci, « mon chum a regardé des parties de mon corps après que je lui aie demandé d’arrêter »… et elle serait automatiquement comptabilisée parmi les victimes de violence sexuelle chez les ados en couple. 

Sous-entendu et spéculation

Par ailleurs, un parfum de sous-entendus flotte sur cet article de La Presse comme sur ce rapport de recherche. Eh oui, vous l’aurez flairé : si autant de jeunes femmes subissent des violences sexuelles alors qu’elles sont en couple avec leur partenaire, imaginez celles qui ne le sont pas. Celles qui ne bénéficient pas de la protection que devrait leur procurer ce statut de couple.

Quant au jeune homme qui en arrive à être violent sexuellement avec son amoureuse, alors qu’il prétend l’aimer et qu’il a certains comptes à rendre aux parents et ami(e)s… Imaginez le mâle rempli d’hormones qui n’est pas en couple avec celle qu’il désire.

Un prédateur sans conscience? Guidé par ses seules pulsions sexuelles, les plus violentes bien entendu?

Après ce sous-entendu insidieux, on passe naturellement à la spéculation hasardeuse.

« Dans les faits, il est possible que la violence vécue soit encore plus élevée », avance la première auteure de cette recherche. On pense alors, entre autres, au chiffre saisissant qui circule depuis des années au sujet de la violence sexuelle : une femme sur trois se fera agresser au cours de sa vie. Job done. Validation. Et ce, sous le couvert de la « science ».

À l’évidence, cette recherche de l’UQAM ressemble davantage à une commande politique. Cela n’empêche pas le journaliste de La Presse de la présenter comme l’une des « meilleures recherches dévoilées lors du 85e congrès de l’ACFAS ».

Et la chercheuse de conclure : « Ces résultats montrent bien […] la nécessité d’inclure des discussions sur le consentement. »

Une tasse de thé peut-être?

 

 

¹  Une version adaptée du «Sexual Experiences Survey» (Koss et Oros, 1982) a été utilisée pour mesurer l’occurrence de la VS chez les couples adolescents, ainsi que la fréquence, la sévérité (attouchement, tentative de relation sexuelle, relation sexuelle avec pénétration) et les moyens utilisés (coercition verbale, force physique, utilisation de substance).

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