Imaginez que vous êtes un garçon

Benoit

Aujourd’hui. Ici. Au berceau.

Vous avez entre les jambes cet appendice qu’avaient Hitler et tous les autres. Vous avez dans le corps cette hormone qui rend agressif, furieux, violent. Vous êtes un volcan en gestation, un créateur de victimes, de génocides, et ces deux petites choses qui pendouillent sous votre sexe de poupon menacent de faire éclater une Troisième Guerre mondiale, alors que la Deuxième n’est pas encore avalée comme on le voit chaque jour au grand écran, au petit écran, dans les librairies, dans les écoles.

Derrière les barreaux de votre berceau, vous êtes déjà une menace pour l’Occident. Cent mille ans de patriarcat coulent dans vos veines.

Vous êtes un danger.

Vous avez jadis vaincu le mammouth et dominé Neandertal tout en protégeant votre clan ; vous avez fait de sapiens une espèce dominante, certes, mais c’était il y a très longtemps, et cette espèce-là constitue aujourd’hui une menace pour les toutes autres espèces jusqu’au moindre brin d’herbe. Homo sapiens : le seul animal qui détruit son propre habitat.

Vous êtes disqualifié d’office.

Le mammouth a disparu depuis longtemps mais Hitler, lui, rôde chaque jour dans nos cerveaux, tandis qu’un nabab hollywoodien tente sur tous les écrans de cacher sa sale gueule de mammouth bandé.

Derrière les barreaux de votre berceau, votre mère vous regarde en souriant : ces hormones mâles, cette nature mâle, ces cent mille ans de bagage génétique, elle s’apprête à les neutraliser plus ou moins subtilement, plus ou moins consciemment. L’évolution l’exigerait, semble-t-il. Chaque jour on lui répétera le même mantra : ne laissez jamais ce pénis-là devenir un autre Hitler ou un autre Weinstein, ou même un banal mononcle.

Un bâtisseur alpha alors? Peut-être… mais il faudra le garder à l’œil. Car le mâle alpha a de la graine de mononcle, et tout mononcle, c’est connu, se reconnaît en Hitler ou en Weinstein – à défaut de l’être lui-même. Cette graine-là risque donc de propulser un nouveau Fürher avec furie.

Le fantôme de 39-45 ne se limite pas à une balade dans nos cerveaux, il a pris le pouvoir en très haut lieu, en 2016, à quelques heures de chez nous. Alors urgence. Votre mère dispose d’un maigre demi-siècle d’émancipation pour juguler cette domination-là. C’est très peu. Ce demi-siècle ne pèse rien à côté des cent mille ans de massacres patriarcaux, et pourtant, votre mère sait qu’elle y parviendra. Elle est une battante, une inspirante, une briseuse de plafonds de verre, une pionnière, une Marianne qui contrôle son corps, sa fécondité, son conjoint (en seulement 50 ans, voilà un exploit), sa maison, son peuple et demain le monde entier.

Conquérante endurcie, elle montre ses biceps béton.

Bien entendu, on ne dira jamais qu’elle se gave d’antidépresseurs et qu’elle manquera probablement les premiers pas de son bébé, comme ses premiers mots d’ailleurs (qu’une éducatrice formée par l’État entendra à sa place), mais qu’à cela ne tienne : les élites lui ont maintes fois répété que c’est le début d’un temps nouveau, le sien, alors elle a foncé dans la vie tel un mammouth ressuscité et s’est magasiné une garderie pour le plus tôt possible, tandis que papounet s’écrasait dans son lay-z-boy, benêt à en devenir attendrissant.

Il faut célébrer, mon garçon : la pérennité de l’espèce est assurée car le poète l’a dit : la femme est l’avenir de l’homme. Les journaux l’écrivent, la télé le proclame, le cinéma le joue, Facebook le hurle et l’école le martèle : nous entrons dans l’ère de la Femme. Ça sent la majuscule jusque sur les chantiers de construction. L’anthropocène qu’on nous annonce, en réalité, n’est rien de moins que le gynocène.

Voilà qui ferait un excellent cursus à l’UQAM.

Mets ça dans ton pablum, petit garçon : pas du ginseng, du gynocène. Ça constipe un peu, certes, mais ç’a le mérite d’inhiber plein d’autres choses autrement plus nuisibles.

Bébé s’en remettra.

Tiens donc… Je vois papa qui s’approche du berceau. Papa papounet, l’homme neutralisé, moralement supérieur : une véritable graine d’avenir. Son sourire ne dit pas je vais faire de toi un homme, mon fils, mais plutôt je vais laisser la société s’occuper de toi et tu seras cet Homme nouveau.

L’homo sans lactose. Facile à digérer.

Quand ta mère t’aura fait comprendre que tu es moins évolué que ta grande sœur – qui a parlé plus tôt, réfléchi plus tôt, compris plus tôt –, l’école en remettra au centuple, incapable de te gérer, allergique à tes hormones, à ton corps de menace. Dans la cour de récréation, on te surveillera du haut d’une guérite métaphorique : car pour peu, tu simulerais avec ton doigt ce fusil patriarcal et mille fois millénaire qui a failli tout gâcher avec sa gâchette cachée.

Tu es un échec en devenir, alors plante-toi devant ta télé et absorbe les mises en échec tricolores sur la glace, ou alors reste devant ton ordinateur à simuler – bâton de joie en main – une quelconque guerre des étoiles qui donnera un sens virtuel à tes pulsions charnelles.

Papounet entrevoit déjà tout ça derrière les barreaux. En voilà un, se dit-il, qui va apprendre à faire un nœud dedans. Notre société sera enfin un immense Safe Space à ciel ouvert où l’on pourra baisser la garde en tout temps.

Finie la guerre, gna gna gna gna ; finie la queue, gneu gneu gneu gneu.

Ta mère s’en charge déjà, d’ailleurs, et Freud achèvera le travail. Tes futurs psy y verront clair sans dire le moindre mot ; et à défaut de psy, la télé s’en chargera.

Non. Pas la télé. Même pas besoin : tout le monde en parle, alors pas besoin.

Oui, mon garçon, quand l’hormone fatale arrivera, quand cet appendice jambier deviendra une menace pour le gynocène naissant, tu auras entendu 678 045 fois l’expression culture du viol, 856 231 fois le mot patriarcat, 4 674 350 fois les mots femme de tête, femme inspirante, plafond de verre, grande dame, pionnière, femme forte, amazone, guerrière, battante, car il reste encore beaucoup de chemin à faire, semble-t-il, et tant qu’une seule femme se fera ________ (couche ici les maux qui conviennent), il faudra continuer le combat. N’oublie jamais qu’une femme a le droit de porter les vêtements qu’elle veut en toute circonstance et d’aller où elle veut et de faire ce qu’elle veut, sky is no limit, et que la société n’a pas le droit de la blâmer pour quoi que ce soit ; n’oublie pas non plus qu’elle peut interrompre une relation sexuelle une nanoseconde avant ton orgasme afin d’aller boire sa tasse de thé, car elle a autre chose en tête, écart salarial, parité, équité, charge mentale, viol blanc, rouge, rose, noir, viol conjugal, viol obstétrique, viol présumé, viol fantasmé, viol métaphorique et surtout viol gris : oui, plusieurs mois après avoir consenti, elle pourra regretter… et t’accuser de l’avoir violée.

Alice au pays des paquets.

Oui fiston, quand tu arriveras à l’âge adulte, tu auras vu 739 fois des Weinstein, des Rozon, des Salvail, des Spacey et des Strauss-Khan ravaler leurs couilles à la télé.

Tu auras entendu 3278 fois (ou le double si tes parents écoutent Radio-Canada) que Valérie Plante est la première femme à diriger Montréal, la première, la toute première, vous rendez-vous compte, la toute première femme depuis Jeanne Mance mais comment cela est-il possible après 375 ans d’histoire???, quelle honte, alléluia, la toute première des premières, la pionnière des pionnières, la pionnière mais certainement pas la dernière, car oui, le plafond de verre est bel et bien brisé, Valérie Plante, Valérie Plante, Valérie Plante.

Quel homme : quelle semence.

Oui, mon petit garçon, quand tu feras ton entrée dans le monde des adultes, tu auras assisté à 13 galas méritas où l’on aura couronné des filles, des filles et encore des filles ; tu auras vu 662 photos dans les hebdos locaux montrant des filles en train de réaliser des projets spéciaux, de partir en voyage humanitaire, d’organiser des marathons d’écriture, de faire des collectes de fonds pour les nécessiteux, de gagner des bourses réservées aux filles ; tu auras également entendu 349 parents de ton école dire chapeau les filles!, heureusement qu’il y a les filles!, l’avenir est aux filles!, go les filles!, vous êtes capables les filles!, lâchez pas les filles!, vos grands-mères seraient fières de vous les filles!, tenez votre boutte les filles!

Toutefois…

Le jour arrivera où quelque emmerdeur ou quelque emmerdeuse te dira attention, danger… Ce qu’Elles visent, c’est pas l’égalité, c’est la domination féminine ; ce qu’Ils vissent, c’est pas l’égalité, c’est la soumission masculine. Attention mon p’tit gars. Apprends à respecter tes couilles.

Mais n’aie crainte, fiston : ce jour-là, nos Abbesses te prendront en charge avec leur nouveau catéchisme, qui commence par Toi, le mâle, tais-toi. Tu as toute ta vie d’adulte pour rattraper le temps perdu, pour exercer ta domination, pour profiter de ton statut, de ton sexe, de tes privilèges, car toi, chanceux, tu ne souffres d’aucun handicap : tu n’as pas à donner naissance. Tu n’as pas à sacrifier tes chances de promotion sur l’autel des conventions collectives.

Alors tant mieux, au fond, si on survalorise les filles du berceau au cégep. C’est la moindre des préventions. Retour du balancier. C’est toute l’Histoire des Injustices que l’on corrige devant tes yeux, alors réjouis-toi et ravale tes privilèges de petit homme blanc – et si tu vires hétéro, ajoute une pincée de dégoût à ton pablum gynocéné, and deal with it.

L’humanité doit te neutraliser le plus tôt possible afin de sauver l’espèce pendant qu’il en est encore temps.

Ici. Aujourd’hui.

Entre ton cri primal et ce diplôme que tu n’auras peut-être jamais.

1 thought on “Imaginez que vous êtes un garçon”

  1. C’est droit dans le mile. On aurait pu en rajouter sur … l’exode massif des hommes en enseignement… de la propagande féministe dans les écoles… de la rétrocession au moyen-âge de l’Habeas Corpus pour les hommes et de la perte de la présomption d’innocence… de la perversion du DSM-V qui normalise des dégénérés et des butchs misandres… et du sabotage de la culture française en Amérique. BON TEXTE ! Pas encore assez dur à mon goût.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *