La «trumpisation» de la cause masculine

Dans un texte d’opinion du 3 avril 2017 dans Le Devoir, publié par Julie Rambal, on cible «Ces hommes qui détestent les femmes». Mais de qui parle-t-on au juste?

La réponse nous est donnée dès le sous-titre: «Les associations masculinistes ont fait tache d’huile dans plusieurs pays».

Une tache d’huile? Le point de vue masculiniste serait donc une sorte de polluant qui s’étend, un peu comme comme du vieux mazout? Le tout, illustré d’une photo du conseiller à la sécurité du président américain Trump, l’air très très fâché?

La signataire de la lettre poursuit:

Ils récupèrent les discours des féministes pour affirmer qu’à cause d’elles, les hommes sont devenus le nouveau sexe faible. Nostalgiques d’un patriarcat tout puissant, ils fédèrent de plus en plus d’adeptes.

À partir de là, tout y passera. Sebastian Gorka, les MGTOW, le film The Red Pill, les «Pick-up Artists autoproclamés» de la drague, pour nous porter à conclure sur une démonisation tous azimuts du mouvement «masculiniste».

Les liens entre tout ça sont évidents, n’est-ce pas?

Les procès d’intentions

Trump, sexiste en chef. Aux États-Unis, les masculinistes sont suffisamment nombreux pour avoir porté leur champion sexiste et fier de l’être, Donald Trump, au pouvoir. « Les mâles alpha sont de retour », se gargarisait, le jour de la victoire, Sebastian Gorka, le très controversé conseiller à la sécurité du président. Avant d’occuper ce poste, il était rédacteur en chef de « Breitbart », le site de Steve Banon — le conseiller chouchou de Trump — notoire pour ses articles misogyno-décomplexés : « Préféreriez-vous que votre enfant soit féministe ou qu’il ait le cancer ? », « Il n’y a pas de discrimination à l’embauche pour les femmes dans la tech, elles sont justes nulles en entretien ». Radical…

Nous voici au nouveau point Godwin, le point TRUMP. L’accusation par association, la démonisation par la généralisation. L’équation est posée, le jugement sans appel: défense des droits des hommes = masculinisme = anti-féminisme = patriarcat = extrême-droite = Trump. Un Hummer avec ça?

D’entrée de jeu, mettons deux ou trois choses au clair: je n’aime pas Trump, je n’ai jamais voté pour Stephen Harper, je ne tripe ni sur les chars, ni sur les pitounes et je n’ai jamais «empoigné par la chatte» mes futures conquêtes.

J’ai toujours été naturellement plus à gauche politiquement, je n’ai rien d’un macho et je suis père à temps plein de deux jeunes enfants en garde exclusive. Je suis capable de faire la popote tout autant que les rénos, je m’occupe des rendez-vous chez le médecin de mes enfants, je sais aussi faire des tresses à ma fille, et non je ne m’attends pas à recevoir une médaille comme récompense.

Et pourtant, oui, je m’oppose aussi fortement à une certaine frange radicalisée du féminisme, perpétuellement revendicateur, insatiable et revanchard. Et je vois chaque semaine des biais évidents pro-féministes dans le traitement des nouvelles. Suis-je une donnée aberrante, un ovni au royaume des phallocrates?

Vingt-cinq ans plus tard, les associations de défense des « droits des hommes » pullulent aux États-Unis et ailleurs. On en trouve en Europe, en Israël, et jusqu’en Inde. Au point que même les femmes épousent parfois la cause….

Au point même que? À bon. Des femmes épousent la cause des hommes? Sacrilège! Et pourtant, certains hommes épousent aussi la cause «féministe», non?

En fait, qui a-t-il de si surprenant? Les femmes que je connais qui défendent la cause des hommes le font toutes à partir de leur constat personnel que des hommes, LEURS HOMMES, subissent eux aussi des préjudices, et ce, parce qu’il sont des hommes. Qu’il s’agisse de leur conjoint, de leur fils ou de leur père. Et on ne parle ici pas des «Trumpettes», ces femmes riches ultraconservatrices qui appuient Trump aveuglément. On parle de vraies femmes, ici au Québec, de la classe moyenne. Ou de femmes américaines comme Cassie Jaye, réalisatrice du film The Red Pill, qui se définit pourtant elle-même comme une féministe.

Les MGTOW, ces hommes frustrés

« Les séparations sont devenues un business pour les femelles. Elles n’aiment pas leurs enfants. Elles les aiment comme elles aiment les hommes : pour ce qu’ils leur apportent. Leur nature narcissique et leur besoin d’attention les perdront, car les hommes se réveillent petit à petit. » Ainsi s’exprime le créateur de la page Facebook francophone des MGTOW, alias Men going their own way (« Hommes choisissant leur voie »). Lequel invite tous les Suisses, Français et Belges à « refuser de se laisser croquer par les mantes religieuses ».

Ces MGTOW, qui prônent le célibat à vie (c’est moins dangereux), ne sont qu’une infime partie de la nébuleuse masculiniste, remplie d’hommes en colère contre le sexe opposé. Un peu plus loin sur le même réseau social, une blague, qui doit être récurrente dans cette vaste communauté, tourne en boucle sur la page « Osez le masculinisme » : « 1970: libération de la femme. On cherche encore le con qui a payé la caution. »

Propos revanchards de certains hommes, dans certains groupes, parmi la vaste mouvance pour les droits des hommes? Bien sûr. Mais encore? Comme propos de gens frustrés, hommes comme femmes, on a vu mieux, mais aussi bien pire.

Du reste, est-ce réellement sur cette seule base qu’il y aurait lieu de nier la légitimité d’un «mouvement» au complet qui défend la cause des hommes, appelée ici masculinisme? Évidemment qu’il existe certains hommes frustrés qui « détestent le femmes ». Comme il existe aussi des femmes frustrées qui détestent les hommes, ou en tout cas la masculinité en général. Et ça nous prouve ou nous démontre quoi?

Quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage.

Je ne vais pas me lancer dans une démonstration exhaustive, mais généralisation pour généralisation, voici en rappel quelques citations, triées sur le volet, elles aussi prises hors-contexte, de certaines célèbres figures de proue du mouvement féministe depuis cinquante ans:

« Tous les hommes sont des violeurs, et rien d’autre. » – Marilyn French, The Women’s Room

« J’affirme qu’il y a viol chaque fois que la relation sexuelle n’a pas été entreprise par la femme, à partir de son désir et dans un contexte de sincère affection. » – Robin Morgan, Theory and Practice : Pornography and Rape

« Les rapports hétérosexuels sont antiféministes. » – Ti-Grace Atkinson, Amazon Odyssey

Du joli, n’est-ce pas? Est-ce que ça nous avance beaucoup? Devrions-nous donc conclure que toutes celles qui se déclarent être féministes sont des lesbiennes antihommes enragées prépsychotiques? Le tout par association? Nuances, nuances.

The Red Pill

Inutile de dire que The Red Pill reste en travers de la gorge des féministes, et les pétitions pour sa déprogrammation fleurissent sur Change.org. Le film a déjà été annulé à Ottawa et Melbourne, et ses producteurs ont quitté le navire. Reste que le documentaire trace sa route en vidéo à la demande, et une campagne de financement participatif vient d’être lancée pour lui assurer une carrière internationale. « Les problématiques des hommes sont réduites au silence. La preuve, c’est qu’on veut me faire taire et mon film avec », clame Cassie Jaye, qui se présente désormais en martyre aussi haïe que la cause qu’elle soutient…

… la trentenaire au minois délicat se fait l’avocate de tous les masculinistes vedettes, notamment Paul Elam, fondateur de l’association A Voice for Men (Une Voix pour les hommes) qui, sur son site, n’hésite pas à comparer les « féminazies » au Ku Klux Klan.

Remettons les choses en perspective. Cassie Jaye, la réalisatrice du film, voulait au départ faire un documentaire critique sur les MRA (Men’s Rights Activists). Selon ce qu’elle en dit elle-même, elle aurait changé d’idée en cours de route pour faire plutôt un film sympathique aux revendications masculines. Il est donc un peu normal qu’elle ait interviewé une des figures les plus connues du mouvement, soit Paul Elam, fondateur de A Voice for Men. Cautionne-t-elle pour autant tous les excès de langage de tous les gens associés de près ou de loin au mouvement masculiniste depuis la nuit des temps? Bien sûr que non. Tout comme les féministes d’ici ne croient pas toutes non plus que « tous les hommes sont des violeurs, et rien d’autre ».

On nous parle de The Red Pill, la « pilule qui fait des vagues ». C’est le moins qu’on puisse dire. Dans la plupart des villes où ce film a été présenté à travers le monde, il a été l’objet d’appels au boycott et à la censure. Sophie Durocher nous rappelait d’ailleurs les grands lignes de cette opposition en janvier dernier.

Dans les jours qui ont précédé la présentation de The Red Pill à Montréal au théâtre Rialto, j’ai personnellement suivi une «nouvelle opération» de salissage qui a été mise en branle par un groupe de Montréal qui appelait les gens à boycotter le film, voire à en faire annuler la présentation.

Bien sûr, personne n’est obligé de souscrire à la vision d’un film qui ne va pas idéologiquement dans le sens de ses convictions. Critiquer, soulever des doutes, relativiser, comme à cette émission de Catherine Perrin, c’est une chose. Mais mentir, diffamer au sujet d’un film qu’on a pas vu?

Voici ce qu’affirmait sans gêne la page de boycott créée par des féministes intersectionnelles de l’UQAM: « The Red Pill est un film qui fait la PROMOTION de la VIOLENCE envers les femmes ». Rien de moins!

Le féminisme, bon pour les hommes?

« Ils ne veulent pas l’égalité, mais imposer une vision figée des rapports sociaux, qui participe à la volonté de maintien des privilèges, et s’apparente à des logiques racistes, analyse Caroline Dayer, enseignante à l’Université de Genève et spécialiste en discrimination. Leur idéologie se fonde sur l’androcentrisme, c’est-à-dire que seuls les hommes et leur point de vue comptent. Ce discours est d’autant plus saillant dans un contexte de crise, pour barrer les avancées vers l’égalité concrète. »

Donc, masculinisme égalerait aussi RACISME? Bienvenue dans ce monde manichéen où homme (blanc) qui défend la condition masculine = colonialiste, raciste et sexiste. La tactique, toujours la même, est d’associer TOUS les hommes qui revendiquent aux groupes d’extrême-droite,  afin de discréditer le mouvement au complet.

Et pourtant, personne ne nie les états d’âme du masculin, ni les dégâts causés par l’injonction à la virilité dans les études de genre.

Ah bon, nous y voilà finalement: pour avoir le droit de parler des problèmes des hommes, il faudrait d’abord faire une profession de foi, celle de la lutte au patriarcat, cet ennemi omniprésent et omnipotent, et combattre la « masculinité toxique » dont les hommes-porteurs seraient à la fois cause et victimes. Rien à faire. En dehors des études de genre et théories sorties des départements d’études féministes, point de salut.

Si tu veux réfléchir à ta condition masculine et que tu ne te retrouves pas dans les discours masculinistes vindicatifs, tu dois te dire féministe. Tu dois le faire à l’intérieur d’un paradigme féministe, où, en cas de doute, on te demandera bien sûr d’être l’allié, plutôt que de prendre la parole pour ta problématique. Car si tu n’es pas POUR le féminisme, tu es donc CONTRE l’égalité. Et au fond de toi, tu es un complice, conscient ou non, du patriarcat. Tout comme les femmes qui ne se disent pas féministes, elles non plus.

Je crois sincèrement qu’on est rendu au bout de cette logique, qui fait la démonstration de son absurdité par elle-même. On ne me fera pas croire que les leaders féministes se soucient réellement des problèmes qui touchent spécifiquement les hommes, ainsi que des nouvelles réalités qui les désavantagent. Et c’est tout à fait normal: comme le dit si bien l’adage, charité bien ordonnée commence par soi-même.

Serait-ce donc trop demander d’avoir le droit de se regrouper, pour se pencher sur la condition des hommes, que ce soit sous le vocable masculiniste, masculiste, hoministe, ou autre, sans se faire automatiquement délégitimer, ridiculiser, diaboliser – ou associer à Trump?

Car même si tout n’est pas parfait et qu’il y a encore du travail à faire du côté des femmes, on n’est plus en 1950 non plus. Certaines (certains?) devraient aussi en prendre acte. En 2017, le temps est venu d’offrir un contrepoids au Conseil du statut de la femme.

Il existe une multitude d’organismes et d’associations qui défendent les droits des femmes, et plusieurs très généreusement subventionnés directement ou indirectement par l’état. Il en faut donc aussi qui défendent les problématiques et les spécificités de la condition masculine – j’y reviendrai d’ailleurs très bientôt dans un prochain article.

Et au milieu, il faut une entité neutre, qui fait la part des choses et qui sert en quelque sorte d’« arbitre ». En France, il y a d’ailleurs un Haut conseil de l’égalité en les hommes et les femmes depuis janvier 2013.

Quoi de plus logique, si on prétend qu’on cherche RÉELLEMENT l’équité entre les femmes et les hommes?

 

2 thoughts on “La «trumpisation» de la cause masculine”

  1. bonjour,
    j’ai 62 ans. je passe quelques heures par semaine a visionner les sites youtube dit masculiniste, MGTOW, men’s right’s activist(MRA), EX. etc. je les choisis soigneusement. paul elam est un hero. ses videos YT sur le canal « an ear for men » sont tres utiles. j’appuis ses paroles a 100% autant comme le concept de MGTOW. notre point de vue en général est que le système est une méchante crosse contre les hommes et n’est pas près de changer. notre plainte n’est pas contre tout les femmes malgré que celles qui ne font pas partie de la solution font partie du problème. je ne manque pas une chance d’aviser les hommes plus jeunes d’etre d’une méfiance vigilante vis-a-vs ce système et les folles et les mal-éduquées par les programmes d’études féminines dans les collèges et aussi les femmes, leurs meres de la génération precedente. la femme n’est plus l’investissement qu’elle était. elle apporte pas mal a la vie d’un homme qu’elle apportait au paravant. ils risquent de perdre a la longue. j’en ai plus a dire mais c’est assez pour l’instant. merci de votre attention.
    ps je me méfis aussi de certaines femmes qui s’associent au mouvement masculin et aux activités masculines, leurs motivations a la longue, je veux dire. il y en a déja eu trop depuis 40-50 ans qui se sont fourees le nez dans les affaires d’hommes. l’homme a besoin de penser avec la grosse tete plus souvent. il y a des « infiltrators » comme nous disons en anglais.
    MGTOW

    1. Merci de votre commentaire. Je ne critique pas personnellement les MGTOW, bien que ça ne soit pas ce que je sois pas dans mes projets de le devenir.
      Vous dites vous méfier des femmes sympathisantes à la la cause, pourquoi? Avez-vous des exemple? Vous savez, certaines féministes se méfient aussi des «alliés» trop enthousiastes, pour d’autres raisons sans doute.

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