Père Noël 1) Mensonge

(Photo: Couverture de l’album « Père Noël Mes Fesses! », Thierry Lenain, illustrations de Bruce Roberts, Les 400 coups,©2008. Coll. Carré blanc.)

Tout d’abord, posons les bases.

Dire aux enfants que le père Noël existe, c’est un mensonge.

Contribuer à ce qu’ils croient au père Noël, c’est leur mentir.

Les laisser y croire, c’est aussi un mensonge.

Que vous tordiez les faits dans tous les sens pour vous déculpabiliser du plaisir coupable que vous éprouvez à vous retremper dans la magie de Noël n’y changera rien : vous mentez à votre enfant si vous participez à lui faire croire au père Noël. Point.

Vous pouvez choisir de banaliser ce mensonge ou de lui trouver des vertus. Mais c’est un mensonge tout de même.

Il se peut que vous le laissiez y croire et que vous considériez que cela n’est pas vraiment lui mentir parce que vous ne faites qu’obéir à son désir de croire sans vous y objecter. Vous vous dédouanez alors de vos responsabilités en les rejetant sur votre enfant. C’est immature et injuste envers lui. Car s’il est évident que dire des faussetés constitue un mensonge, laisser une personne croire en ces faussetés constitue un mensonge également. Et dans ce cas, il s’agit de votre enfant, celui dont vous avez la responsabilité. Vous lui devez la vérité, parce que vous l’élevez. Nous ne sommes pas tenus de dire toujours toute la vérité à tout le monde. Mais à nos enfants, nous la devons.

Chaque fois que vous ne dites pas la vérité à votre enfant, ou chaque fois que vous le laissez vivre dans un mensonge, vous faillez à vos responsabilités envers lui. Vous lui dérobez une occasion d’apprendre quelque chose. Chaque fois.

Vous êtes au parc et vous regardez votre petit jouer dans le sable. Assis(e) sur un banc, vous échangez avec un autre parent à propos d’un couple de voisins qui vit des difficultés intimes. En gros, vous potinez. Votre enfant s’approche et voit que votre discussion a l’air grave. Il demande : « De quoi vous parlez? ».

Il y a deux façons de lui répondre. Une qui enseigne quelque chose, et une qui n’enseigne rien :

  • « On parle de ce qui s’est passé dans le dernier épisode de District 31. C’était intense. »

ou alors :

  • « On parle de choses importantes, mais qui ne te regardent pas. Tu n’as pas à savoir tout ce dont je parle, chéri. Continue de jouer et laisse-nous discuter. »

Dans la deuxième réponse, il n’y a que des vérités accompagnées d’une leçon. Dans la première réponse, il n’y a qu’une fuite devant ses responsabilités parentales. Et aucune leçon.

« Je ne lui fais pas croire : je le LAISSE y croire. Il aime ça! »

Quand vous prétendez « laisser » votre enfant croire au père Noël, vous vous mentez à vous-même en plus de mentir à votre enfant. Votre travail de parent n’est pas de le « laisser croire » à des choses qui sont, hors de tout doute, fausses. Aucun parent ne devrait laisser son enfant s’enliser dans de fausses croyances. Et de grâce, ne venez pas me sortir la petite phrase gaga classique : « Oui mais j’y crois moi-même à la magie de Noël et au père Noël! ». Si c’est ça votre argument, arrêtez de lire mon texte pour cause de différends irréconciliables.

Pour que vous puissiez le « laisser » croire au père Noël, il a bien fallu que quelqu’un lui raconte l’histoire à votre enfant, au départ. Et c’est probablement vous, ou un membre de votre famille, en plus des amis, de la télé… ou même peut-être (et que ces personnes s’en mêlent m’exaspère au plus au point), les éducatrices et les enseignantes! On ne l’a pas laissé croire : on lui a FAIT croire. Quand ensuite votre enfant continue de croire sans que vous interveniez pour lui dire la vérité, vous lui mentez. 

Si votre enfant revenait de l’école avec une histoire abracadabrante qu’un camarade lui aurait racontée, vous le laisseriez y croire? Vraiment? Vous le laisseriez dans la confusion et dans la croyance en des bêtises qui, non seulement ne l’aident pas à grandir, mais le ralentissent dans sa compréhension de la vie et du monde qui l’entoure? « Mon ami m’a dit que la Terre est plate et que si on arrive au bord, on tombe à l’infini » : vous le laisseriez y croire? Qui pourrait négliger ses responsabilités à ce point et se prétendre bon parent? Et plus tard, s’il vous dit qu’il a appris que la capitale de la France est Pékin, et que le résultat de 6 multiplié par 6 est 42, vous le laissez y croire? Parce que c’est magique, et mignon?

Une des recommandations des spécialistes de la psychologie des enfants qui sont favorables à la croyance au père Noël est que lorsque notre enfant commence à douter, on peut retourner les questions vers lui : « Qu’est-ce que tu en penses, toi? Est-ce que tu crois que ça se peut? ». Pour moi, ça aussi, ce n’est rien d’autre qu’une fuite face à ses responsabilités parentales. Ces spécialistes disent qu’on doit laisser nos enfants découvrir la vérité par eux-mêmes… Que ces psychologues en arrivent à jongler avec les concepts pour dire de pareilles niaiseries me dépasse totalement.

Un jour, je suis tombée sur cette anecdote, sur Facebook, qui illustre parfaitement ce que j’essaie de démontrer. Une maman raconte qu’elle a trouvé sa petite fille tenant sa poupée dans ses bras. Entre sa poitrine et sa poupée, la petite a coincé un sac de lait Québon, contre lequel repose le visage de la poupée. Quand sa mère lui demande ce qu’elle fait là, la petite répond qu’elle allaite son bébé. « Mais pourquoi le sac de lait? ». La petite expose alors sa vérité, ce en quoi elle croit, ce qu’elle veut peut-être croire : « Parce que je veux faire comme les mamans qui mettent des sacs de lait dans leurs seins. Et quand le bébé grandit, elles mettent de l’eau à la place! » La maman répond à sa fille : « Mais non, ma chérie : le lait se fabrique tout seul dans les seins! » « Non, ce sont les madames qui décident. Et si elles veulent de plus gros seins, elles mettent plus de lait. » La petite, qui avait vu sa mère utiliser le tire-lait, avait cru qu’au lieu d’extraire du lait, cette machine servait à en insérer…

Bien évidemment, la maman a corrigé les perceptions erronées de sa fille. Sur-le-champ. Non, elle ne l’a pas laissée croire, et non, elle n’a pas retourné les questions vers elle, « toi, tu en penses quoi de ça? ». La maman a fait son travail. Elle n’a pas fait comme disent les psys : elle n’a pas attendu que sa fille « découvre la vérité par elle-même ». Et c’est exactement ce qu’il faut faire, sinon on n’élève pas notre enfant. Il en va de même pour le père Noël.

Nous devrions être des modèles et des personnes de confiance vers qui nos enfants devraient pouvoir se tourner lorsqu’ils ont des questions et sur qui ils devraient pouvoir compter pour les corriger, quand ils se trompent! Nous devrions contribuer, par nos connaissances, à enrichir leur compréhension des choses, et non pas les regarder s’égarer ou se tromper complètement de chemin, béatement, sans intervenir… en prenant des photos-souvenirs, parce que c’est dont émouvant!

Je ne vois aucune circonstance de la vie quotidienne où il serait plus éducatif et plus utile de mentir à un enfant que de lui dire la vérité.

« C’est juste quelques jours par année… »

« Oh, mais c’est juste pendant quelques jours à Noël, c’est pas bien grave… »

Faux. Un enfant qui croit au père Noël y croit autant en juin qu’en octobre ou janvier. Et cette très fausse information sera dans sa tête durant tous les jours de toutes les années durant lesquelles il y croira, et il devra confronter cette croyance-là à toutes ses autres tentatives de comprendre le monde. Ce mensonge le ralentira et perturbera sans aucun doute sa compréhension du réel. Toute l’année, et toutes les années que ça durera. Ça dépasse largement le temps des fêtes.

2 commentaires sur “Père Noël 1) Mensonge”

  1. Mon dieu mais quelle sorte d’enfance avez-vous eu ? Les mythes et légendes datent de la nuit des temps . Et je ne crois pas que l’humanité sans porte plus mal . Un peu de fantaisie et d’espoir ne font jamais de tord selon moi.
    Ensuite en retournant la question vers l’enfant nous développons sa capacité à réfléchir ,faire des hypothèses et à ne pas croire tout ce qui s’écrit ou se dit un peu partout . Ils deviennent donc plus apte à vérifier ce qui est vrai ou faux

    1. J’ai expliqué dans mon texte pourquoi selon moi, retourner la question vers notre enfant est une façon de fuir notre responsabilité parentale, et le laisser croire ce qu’il croit est aussi lui mentir.

      Et il faut aussi faire la distinction entre « mythes et légendes », et « mensonge »: raconter des histoires aux enfants n’est pas leur mentir, c’est leur raconter des histoires. Mais le père Noël, c’est différent, car il est présenté comme une RÉALITÉ, et c’est donc un mensonge.

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